| |
Quand
la nostalgie se fait ovale. Il y a quarante ans,
le match de rugby CAHORS-LOURDES soulevait l'enthousiasme
de 8 000 spectateurs. Il est toujours bon de rappeler
que le Stade Cadurcien rivalisait, à cette
époque, avec les plus grands du rugby Français.
Le 3 février 1957, premier
dimanche du mois, une rumeur retenue, mais tout
à fait inhabituelle en pareil lieu, parcourut
comme une houle les rangs des fidèles réunis
à la cathédrale de Cahors pour la
grand-messe de 11 heures. Réaction d'étonnement
qui se propagea au moment où l'archiprêtre
commençait à peine à prononcer
les premiers mots de son sermon. L'assistance,
dont le recueillement exemplaire était
pourtant unanimement reconnu dans le diocèse
et même au-delà, manifestait ainsi
ce matin là une incapacité évidente
à maîtriser sa surprise devant le
sujet choisi par le prédicateur pour débuter
l'homélie hebdomadaire. S'il s'agissait
bien du grand événement dominical,
et personne ne se serait avisé de le contester,
bon nombre de paroissiens avaient visiblement
un certain mal à saisir ses liens avec
le calendrier liturgique. 
Aucune difficulté, en
revanche, à remarquer la référence
transparente à un tout autre calendrier,
celui du championnat de France de rugby à
XV, 1ère division. Mais après tout,
une fois l'ébahissement passé et
en y regardant bien, il n'était pas extravagant
de soutenir que la Providence n'était sans
doute pas étrangère à la
fortune d'une rencontre au sommet entre la ville
du pape Jean XXII et la cité mariale. Avec
en tout cas une probabilité suffisante
pour admettre que l'importance exceptionnelle
de ce match retour entre Cahors et Lourdes à
l'heure des vêpres méritait bien
quelques accommodements avec le ciel ou du moins,
dans l'immédiat, avec le commentaire de
l'évangile.
LES NÉGOCIATIONS
DE BRUXELLES RETARDÉES...
POUR LE MATCH DE CAHORS
Des
accommodements, il avait aussi fallu en trouver
dans une autre sorte de cathédrale alors
en cours de construction, celle des fondements
économiques de l'unité européenne.
A la demande du secrétaire d'état
aux affaires étrangères du gouvernement
français, les négociations de Bruxelles
qui préparaient activement la signature
imminente au traité de Rome avaient été
subitement gelées et reportées de
vingt quatre heures pour raison impérieuse.
Il suffira de rappeler discrètement que
le principal négociateur du côté
français s'appelait Maurice Faure pour
lever un coin du voile sur le monde secret de
la diplomatie C'est ainsi que ce même dimanche
3 février, le député du Lot
était bien sur le terrain du stade Lucien
Desprat aux côtés des capitaines
Jean Prat et Yves Noë pour se faire présenter
les joueurs des deux équipes avant que
ne retentisse "la Marseillaise". La solennité
de l'apparat ne faisait que souligner l'importance
d'un rendez-vous que personne n'aurait voulu manquer.
Un nombre impressionnant de personnalités
politiques sportives et autres entouraient Jacques
Garnal et son état-major dans la tribune
présidentielle alors que plus de 8 000
spectateurs jouaient des coudes - quand ils ne
grimpaient pas aux arbres... - pour s'entasser
autour d'un stade aux aménagements encore
sommaires. La foule exubérante qui animait
le boulevard depuis le matin, le record des recettes
pulvérisé et l'énorme proportion
des non cadurciens dans le public témoignaient,
comme les deux anecdotes précédentes,
du formidable engouement suscité par le
match.
CAHORS DÉPLACE
LES FOULES
Lourdes exerçait alors
une domination sans partage sur le rugby français
mais la venue de l'équipe prestigieuse
des champions de France avec sa légion
d'internationaux ne peut suffire à expliquer
un tel succès populaire. Le Stade Cadurcien
avait été champion de France de
2e division à la fin de la saison 1955.
Il n'en est alors qu'à sa deuxième
année de compétition parmi l'élite
mais il est très vite devenu l'équipe
dont tout le monde parle et que l'on veut découvrir,
Cahors déplace les foules et obtient les
meilleures recettes à l'extérieur
derrière le FC lourdais. Depuis la rencontre
du 18 novembre 1956, le public sait que les joueurs
d'André Melet constituent une des rares
formations - peut-être la seule - à
pouvoir battre Lourdes à son propre jeu
et avec ses propres armes, celui et celles d'un
rugby de mouvement porté au plus haut niveau,
à la fois technique et spectaculaire.
Lors
de ce fameux match du 18 novembre, les Lourdais
ne l'ont emporté chez eux que difficilement
par 12 à 6, sauvés par deux drops
de Madine. La presse bigourdane reconnaît
spontanément qu'ignoré il y a quelques
jours "le Stade Cadurcien a conquis de haute lutte
ses galons d'équipe vedette". Enthousiasmés
par l'exploit du quinze lotois, les supporters
lourdais confient qu'ils vont économiser
de l'essence (autres temps ... ) pour assister
à tout prix au match retour qui "vaudra
le coup" selon la réflexion d'un vieux
fidèle de l'équipe de Jean Prat.
Disputée sous le soleil et par une température
idéale, mais avec du vent, la rencontre
tiendra en effet toutes ses promesses.
"Du très beau rugby à
Cahors" titre Midi Olympique qui poursuit: "Durant
quatre vingt minutes, les deux équipes
nous ont offert un spectacle de très bonne
classe qui, par instants, atteignit même
des sommets techniques ou tactiques. Rien ne manquait
à cette rencontre ! Dynamisme, vivacité,
variété dans l'action,
intelligence des conceptions de jeu, crânerie
et désir de jouer mieux que l'adversaire.
Ce fut un régal !" Satisfaction générale
pour les amateurs de rugby mais déception
tout de même chez les supporters du Stade
Cadurcien devant le score final. Vainqueurs par
14 à 8, les Lourdais, pour la deuxième
fois de la saison, avaient assuré le résultat
grâce à leurs buteurs. Cahors l'emportait
au nombre d'essais (2 contre 1) et le journal
Sud-Ouest pouvait s'inspirer du style des déclarations
politiques au lendemain d'élections pour
titrer, sans rire: "Les quercynois ont infligé
8 points aux champions de France". Il fallait
bien se consoler d'une déception d'autant
plus injuste que Cahors avait eu sa part de malchance.
A la 12e minute, à la suite d'une percée
ahurissante de René Agasse le grand homme
du match - Combeau, absolument seul à cinq
mètres de la ligne d'essai lourdaise, n'avait
pu contrôler une passe mal ajustée.
Moins de vingt minutes après, le même
Agasse allait concrétiser un superbe mouvement
collectif en allant marquer près des poteaux
après un crochet qui laissait sur place
la défense lourdaise. Malheureusement,
un essai de Jean Prat, à la suite d'une
interception de Rancoule, venait s'ajouter aux
deux buts sur pénalité déjà
réussis par Antoine Labazuy. Un essai de
Gobed, en deuxième mi-temps, ne pouvait
que réduire un score aggravé par
le drop habituel de Jean Prat. Cette
courte défaite devait être suivie
par d'autres, tout aussi étroites. Le Stade
Cadurcien de la grande époque ne réussit
jamais à battre le FC lourdais en championnat.
Ce sort contraire allait cependant se révéler
peu de choses par rapport à la force de
l'imaginaire ainsi créé dans la
mémoire collective du rugby local autour
d es
affrontements répétés entre
les deux équipes et à travers leurs
récits inlassablement repris, colportés,
commentés et parfois il est vrai un peu
reconstruits Un an après le premier choc,
le 16 février 1958, il y avait cette fois
plus de 10 000 spectateurs pour voir les équipiers
de J. Prat l'emporter de nouveau par 16 à
12, Le verbe coloré d'un quercynois avait
certainement contribué à ce record
d'affluence, jamais égalé depuis
pour un match de championnat. Un certain Roger
Couderc apportait en effet sa part à
l'épopée légendaire du match
en laissant déjà exploser sa passion
et son lyrisme devant le spectacle donné
par ses compatriotes. |
|